J’ai lu des livres pour enfants sur l’école… (épisode 2)

… et c’est toujours aussi bien !

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Suite du premier épisode consacré à la littérature jeunesse sur l’école.

Au menu de ce deuxième volet, cinq livres empruntés à la médiathèque de Gaillac, parmi lesquels deux histoires et trois ouvrages documentaires.

– BRUNELET Madeleine, L’école, j’irai pas !, 2002.

L'école, j'irai pas! Madeline Brunelef Libres enfants du Tarn

Bon, ne vous fiez pas au titre de ce premier bouquin, car la petite Iris, qui semble avoir 3-4 ans pas plus, a beau jurer sur tout ce qu’elle peut : l’école, elle ira.

Cette sympathique histoire d’une vingtaine de pages démarre sur les chapeaux de roues. La petite chérubine, qui dort à poings fermés, se voit réveillée manu militari par sa mère. La gamine a beau protester, son père est formel : « aujourd’hui, tout le monde va travailler ». Une excuse qui, au passage, ne fonctionne pas si les parents sont au chômage. Au fil du récit, la pitchoune s’encanaille et finit carrément par se cacher sous l’évier ! Mais il en faut plus pour tromper la vigilance de ses darons qui finissent par la retrouver. Ces derniers, qui commencent à être quelque peu excédés, parviennent à traîner l’enfant rebelle jusqu’à la caserne !

La chute de ce récit trépidant est un chef d’œuvre de littérature jeunesse : Iris, arrivée sur les lieux de son cauchemar, retrouve un camarade de cellule, un dénommé Paul, qui l’informe que c’est son anniversaire aujourd’hui. Trop de la balle ! À tel point que la délicieuse Iris, qui, rappelons-le, campait au milieu des détergents il y a encore six pages de cela, finit par dire à ses bourreaux : « On va faire la fête à l’école ? Au revoir Papa, au revoir Maman. Vite, dépêchez-vous d’aller travailler. » Époustouflant !

Mon honnêteté intellectuelle m’oblige à vous donner une fin alternative, plus réelle, plus crédible, plus dans l’air du temps : « Iris, paniquée en apercevant les grilles de son école se met à courir en hurlant, les bras tendus vers le ciel. Dans sa crise de délire aigu, elle se dirige tout droit vers la route et ne voit pas la voiture du papa d’un de ses camarades qui la percute de plein fouet. »

Autre fin possible : « Iris, toujours maussade, se voit obligée de plier l’échine et d’entrer dans l’enceinte de l’école, où elle tire 15 piges, en ressort brisée, et perd 15 autres années en thérapie pour réaliser qui elle est vraiment. »

– BEAU Sandrine et POIGNONEC Maurèen, C’est la rentrée de Zoé, Tom, Mao et maîtresse Lila, 2017.

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Derrière ce titre à rallonge, se cachent les tourments intérieurs de trois enfants et d’une maîtresse d’école la veille de la rentrée.

Rien de bien original dans ce livre. On y retrouve toujours le même schéma : le refus d’aller à l’école, la course contre la montre matinale, le stress et l’angoisse se terminant par des rires, de la joie et du bonheur en veux-tu en voilà.

Le morale est simpliste : ça ne vaut pas la peine de se faire du souci car tout va pour le mieux dans la meilleure des écoles.

Mention spéciale pour la réplique de la première histoire qui, à elle seule, montre l’impitoyable rapport de domination de l’adulte sur l’enfant :

« Zoé va voir son papa.

Elle lui dit qu’elle va dormir demain matin.

Elle est beaucoup trop fatiguée pour aller à l’école !

– Zoé, tu t’es reposée pendant toutes les vacances, rigole son papa. Demain, tu seras en pleine forme ! »

Je ne sais pas ce qui m’a le plus irrité à travers cette réplique, la tête de balai à chiottes du père, hilare, qui contraste avec la mine déterrée de sa fille, tourmentée, ou bien la négation d’une souffrance de l’enfant à travers un bon rire gras, ou bien les deux ?

LA ROCHE SAINT-ANDRÉ (de) Anne et RUBIO Vanessa, Pourquoi je vais à l’école ? L’obligation scolaire, 2002.

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Alors là, d’entrée de jeu, ça part mal. La désinformation commence dès le titre. Il faut attendre la page 10 et une minuscule ligne pour finalement apprendre que « la scolarisation (aller dans une école) n’est pas obligatoire » et que certains enfants « sont instruits à la maison » et que ce sont « leurs parents qui leur font cours ». Le moins que l’on puisse dire, c’est que c’est très sommaire. Le rappel historique des lois Ferry, en fin d’ouvrage, n’aide guère à éclaircir la situation et entretient le flou avec l’emploi de l’expression « obligation scolaire ».

Il n’est pas inutile de rappeler que, malgré d’âpres débats qui ont agité la France depuis la Révolution jusqu’aux premières années de la Troisième République, l’école n’a quasiment jamais été obligatoire (épisodiquement pendant la Convention et le Directoire). C’est l’instruction qui s’est progressivement imposée à tous. Par ailleurs, précisons que le terme d’« obligation scolaire » est un abus de langage que l’on retrouve sur de nombreux sites du gouvernement et qu’il faut lui préférer celui d’« instruction obligatoire ».

Hormis son titre, ce livre a un défaut majeur : les informations qu’il divulgue partent dans tous les sens, créant un sentiment de grande confusion. On y trouve des textes d’auteurs célèbres penchant vers une vision négative de l’école (Marcel Aymé, Alphonse Daudet, Roald Dahl…), de brefs rappels de la loi en France et dans le monde qui tendent à rendre indissociables instruction et école et de longues explications illustrées, consensuelles, des grands thèmes associés à l’école (enseignants, discipline, mixité sociale, violence, orientation…).

On ne peut pas dire que ce livre soit indigent car la documentation est solide et certains extraits choisis – notamment ceux autour du débat sur les lois Ferry – sont très intéressants. On peut regretter deux choses: d’une part, le choix du titre, mensonger, qui conditionne fortement le lecteur; d’autre part, l’absence de pédagogies et d’écoles alternatives au sein et hors de l’Éducation nationale.

GODARD Philippe, L’école racontée aux enfants, 2015.

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Voici un autre ouvrage documentaire, agréable à lire, très joliment illustré, qui se propose de retracer l’histoire de l’école, ou plutôt de l’enseignement, de la préhistoire à nos jours. Contrairement au livre précédent, le propos est limpide, et les sujets abordés sont plus variés, allant de Rousseau à Korczak, de Socrate à Freinet, de l’éducation nouvelle au jeu.

Néanmoins, on retrouve les mêmes erreurs grossières évoquées plus haut, et ce, dès l’introduction :

« L’enfance tourne autour d’une passion, le jeu, et d’une obligation, l’école. »

Il est impensable que l’auteur, qui « donne des cours de pédagogie et de philosophie de l’éducation » puisse ignorer la liberté du mode d’instruction qui existe en France. Et pourtant, le bougre renchérit quelques pages plus loin :

« Le mouvement pour rendre l’école obligatoire ne faiblit pourtant pas et, en 1882, le ministre Jules Ferry l’impose pour tous les Français, garçons et filles, âgés de six à treize ans. »

Outre cette erreur récurrente, que l’on retrouve dans plein d’autres écrits, on peut relever quelques passages savoureux.

Tout d’abord, dans une double page consacrée au jeu, l’auteur nous explique que c’est « en jouant que les tout-petits apprennent », que, jusqu’à récemment, il était « interdit de jouer dans les salles de classe » et que cela est en train de changer. Cool ! L’auteur tient quand même à nous rassurer : « Bien sûr , les élèves ne vont pas jouer à n’importe quels jeux : il s’agit de jeux sérieux ou serious games. » Bah oui, faut pas pousser papy Meirieu dans les orties non plus !

On retrouve, ensuite, un autre moment grandiose dans un paragraphe consacré à l’abolition du travail des enfants et aux pistes à suivre pour développer le réseau scolaire dans les pays pauvres. L’auteur estime que financer un tel projet est « simple » puisqu’« il suffirait que les États cessent d’acheter des armes, qu’à la place ils construisent des écoles et embauchent des instituteurs et des cuisiniers ». Mais oui, pas con, faudrait soumettre l’idée à Idriss Déby tiens!

Le bouquet final, enfin, se trouve logiquement en conclusion de l’ouvrage. On peut y lire des platitudes ponctuées d’envolées lyriques : « l’école est avant tout un endroit conçu exprès pour les enfants, pour qu’ils puissent s’émerveiller du monde et comprendre comment il fonctionne ». Plus loin, l’auteur se met à rêver que l’école « redevienne le lieu de la découverte du monde, sans penser à un futur métier ». Vaste programme !

Je vais vous fournir, en guise de conclusion alternative, un extrait de Catherine Baker et de son livre Insoumission à l’école obligatoire.

« Nous sommes en prison. L’école n’en est pas seulement l’image exacte par la privation de liberté et l’enfermement, mais aussi par cette course (cursus) qui fait que chaque obstacle franchi ne nous amène qu’au suivant. Isolés, frustrés, à travers l’enseignement nous voyons la vie par le gros bout de la lorgnette et ne comprenons plus rien. »

DUVAL Stéphanie et MOREL Marylise, L’école, c’est pas si facile, 2008.l'école c'est pas si facile littérature jeunesse non-sco déscolarisation libres enfants du tarn albi gaillac

Alors là, je dois l’avouer, je vous ai gardé le meilleur pour la fin ! Préparez votre sac à vomi, ça va secouer ! Tout fout la gerbe dans ce dernier livre, tant sur le fond que sur la forme.

Nous avons ici affaire à un manuel de dressage d’enfants réfractaires à l’école. Les quelques 40 pages sont un condensé d’injonctions à destination des enfants. L’objectif est explicite : « plie-toi et tout ira bien ». Ainsi, pour une scolarité sans remous, il faut suivre quelques commandements : ne parle pas en classe, tiens-toi droit, fais tes devoirs, ne sois pas insolent, etc.

De toute cette bouillie rétrograde, on peut extraire le passage suivant :

« Il y a des tas de bonnes raisons de faire ses devoirs. Ils te permettent de digérer ce que tu as appris en classe, de faire le point, chaque jour, sur ce que tu sais ou pas. Ils te rendent responsable, car ils représentent un engagement à tenir vis-à-vis de ton maître et de la classe. Ils t’apprennent aussi à gérer ton temps. Enfin, ils sont un lien entre l’école et la maison. »

Eh ouais gamin ! Tata Stéph’ et Tata Marylou sont pas là pour déconner ! Tu as des droits, certes, mais tu as surtout des devoirs !

Quelques pages plus loin, on trouve une bande-dessinée mettant en scène l’héroïne, Lulu,  en vacances en famille au bord de la mer. Lulu a un problème, elle a ramené un mauvais bulletin ce trimestre. De plus, elle avoue à ses parents qu’elle n’est plus très motivée. Horreur et damnation ! Mais pas de panique car le père de Lulu, une tête à claques en pull rayé, a la situation bien en main. Ce dernier est formel, sa fille est atteinte d’un mal classique : « le découragement global ». Fichtre, il en sait des choses, le binoclard ! Et que préconise-t-il en guise de guérison ? Écoutons-le :

– Il faut prendre la situation au sérieux. Mais si vous suivez nos prescriptions, ça devrait s’arranger ! Alors… Vous ferez une cure de géométrie pendant ces vacances, à raison de 30 minutes par jour. Deuxièmement… Un changement de place en classe à la rentrée, pour éviter toute tentative de bavardage. Voilà, Mademoiselle. S’il n’y a pas d’amélioration, je vous prescrirai la suppression de l’ordinateur le soir… Mais bien sûr, nous n’arriverons pas là…

Tout ça entrecoupé des lamentations de Lulu, sous le regard coquin et plein d’admiration de la mère qui n’en peut plus face à tant de virilité ! Ça donne le vertige ! Le vertige et la nausée !

Pour finir, je prendrais au hasard une des nombreuses contradictions de cet opuscule. A la fin du livre, on trouve une liste de « petits trucs pour un bulletin réussi ». Parmi la dizaine de recommandations, on trouve celle-ci : « Tu as besoin aussi de détente, de jouer… Ne travaille pas trop ! » Pourtant, on pouvait lire, quelques pages avant, ceci : « A ton retour d’école et après un bon goûter qui te donnera des forces, accorde-toi une demie-heure de jeux, de détente ou de repos, puis mets-toi au travail ! » Faudrait savoir ?

Bref, un ouvrage à ranger à sa place, à la poubelle ou dans l’âtre de la cheminée pour égayer les longues soirées d’hiver.

 


 

Pour conclure, malgré leurs apparentes différences, tant sur le fond que la forme, je dirais que tous ces livres ont plusieurs points communs.

Tout d’abord, ils érigent le désenchantement et la soumission en modèle de société : l’école, on n’a pas le choix, il faut y aller, c’est comme ça, il faut s’y faire, on ne peut pas s’en sortir sans, y’a qu’à regarder dans les pays pauvres…

Ils s’inscrivent, ensuite, dans une vision de l’adulte tout puissant : l’enfant n’a jamais son mot à dire, l’enfant est capricieux, l’adulte décide toujours pour le bien de l’enfant, l’adulte est le relais de l’instituteur, il est de son côté…

Enfin, ils véhiculent des contre-vérités et des stéréotypes : l’école est obligatoire, l’école est l’antre du savoir, un enfant bien conditionné réussira à l’école…

Faisons le vœu d’une littérature jeunesse qui, lorsqu’elle s’intéresse aux questions d’éducation et d’instruction, change son discours, sorte du prisme réducteur de l’école et serve aux enfants un message plus conforme à leurs attentes, à leur soif de vivre.

 

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