La méthode d’attente progressive (5-10-15) par Kelly Champinot ou comment briser l’affect d’un nouveau-né

Un soir, avant d’aller me coucher, comme à mon habitude, je feuillette mon magazine virtuel Magicmaman, réputé auprès des parents (80 000 ventes par numéro en moyenne). C’est là que je tombe sur un article qui pourrait bien me servir pour mon Bambi qui se réveille encore parfois la nuit. A la fin de ma lecture, je reste sans voix, avec un profond malaise. Comment est-ce possible qu’un magazine qui a presque 1,5 million d’abonnés sur Facebook puisse donner de tels conseils sur le coucher de nos bébés ? Je ne peux rester indifférente et décide alors de mener mon enquête.

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Alors les enfants, on a du mal à s’endormir tout seul?

Je commence par quelques recherches sur l’auteure, Kelly Champinot, consultante en sommeil attitrée de ce célèbre magazine. Qui est cette femme qui donne de nombreux conseils ? Une scientifique qui a étudié le cerveau des bébés ? Une sage-femme qui a élaboré des statistiques de grande envergure ? Surprise, rien de scientifique ou de médical. Elle a étudié à Rouen, au NEOMA Business School, une grande école de management ! Sur leur site, on peut y lire ceci : « être reconnue au travers d’une pédagogie innovante, pour la formation de leaders imaginatifs et responsables, qui sauront s’adapter en permanence à un contexte mondial en perpétuelle évolution… Telle est la vision qui anime NEOMA Business School. » Des valeurs opportunistes très parentales, n’est-il pas ?

Imaginons un instant un dialogue avec cette charmante Kelly qui, rappelons-le, coûte 50 euros en face à face et 60 euros par Skype[1].

Madame Champinot commence sa consultation en m’écoutant, me donnant ensuite ses conseils « professionnels » pour stopper les pleurs intempestifs de Bambi avant de dormir. Je joue le jeu à fond, Bambi aussi, très courageusement.

– Connaissez-vous la méthode de l’attente progressive ?, me demande-t-elle.

– Non, pas vraiment, je crois que le nom évoque des étapes à passer, douces et respectueuses du sommeil de bébé, réponds-je naïvement, mais calculatrice.

– On n’en est loin. Cela permet d’accompagner les enfants vers une autonomie progressive dans l’endormissement et le rendormissement. Je m’explique, vous allez mettre votre enfant au lit, alors qu’il est encore éveillé. S’il se met à pleurer immédiatement ou s’il se réveille puis se met à pleurer…

… je retourne le voir pour le rassurer, c’est ça ?

– Non, surtout pas ! La méthode d’attente progressive consiste à patienter cinq minutes avant d’entrer dans la chambre de bébé pour le rassurer. Attention, les cinq minutes de pleurs doivent être chronométrées ! Ensuite, le parent entre dans la pièce, brièvement, moins d’une dizaine de secondes.

– Comment ça ? Je ne comprends pas. Je le laisse pleurer tout seul dans sa chambre pendant tout ce temps?

« C’est complètement fou », pensais-je !

– Oui, bien sûr ! Mais attention, parce que les bébés sont calculateurs. Il doit s’agir de pleurs intenses, à différencier des pleurs classiques. Il n’est pas rare que les parents ne fassent pas le distinguo entre les pleurs simples et les pleurs intenses. C’est dans le second cas qu’il faut comptabiliser les cinq minutes.

– Ah bon ? Quelle est la différence entre ces deux pleurs ?

– Démonstration.

La consultante pince Bambi, qui se tourne vers moi et réclame immédiatement du réconfort.

– Ici, ce sont des pleurs classiques, pas de quoi s’alarmer, vous le laisser chouiner dans son lit.

Maintenant la consultante attrape le bras de Bambi et lui plante une seringue (d’où sort-elle ça?!). Il crie et pleure toutes les larmes de son corps. Mon cœur est déchiré, je garde le contrôle, comment peut-on se laisser convaincre par cette démonstration aussi aberrante que cruelle ?! J’enchaîne :

– C’est donc ça les pleurs intenses ? C’est quand même bruyant !

– C’est ça, les pleurs intenses s’apparentent à des pleurs comme lors de vaccins, c’est le moment où le système nerveux de l’enfant s’emballe et a besoin de l’intervention de son parent pour s’apaiser et reprendre le contrôle. C’est à ce moment-là qu’il faut mettre le minuteur et attendre cinq minutes! Ce n’est pas très long quand on y pense. Ensuite, vous retournez le voir, lui faites croire que le calvaire est terminé en sortant votre enfant du lit pour l’apaiser, en faisant du joue à joue avec lui ou en créant un quelconque lien physique, moins d’une dizaine de secondes. N’attendez surtout pas qu’il soit apaisé ou qu’il s’endorme! Vous ressortez aussitôt et démarrez de nouveau le minuteur.

– Cinq minutes de plus?

– Mais non, il y arrive déjà, passez à dix minutes! Et comme on est jamais trop prudent, vous remettez une couche avec quinze minutes d’attente la fois d’après, pour être sûre qu’il prenne le coup.

– C’est embêtant, je risque de ne pas entendre la télé, dis-je ironiquement.

– Je comprends que ce soit incommodant pour vos soirées, vous pouvez toujours en profiter pour prendre une douche en attendant.

– Ah oui, on gagne du temps comme ça, c’est assez pratique.

Comme si c’était possible de faire autre chose pendant que son bébé se sent abandonné…

– Il peut arriver que certains bébés soient entêtés, n’hésitez pas à recommencer de nouveau. La méthode 5-10-15 fait donc référence aux cinq puis dix puis quinze minutes d’attente demandées. Vous verrez, cette méthode est supposée donner des résultats la plupart du temps en trois jours à une semaine, dès lors vous pourrez siroter votre mojito tranquillement, Bambi sera habituée à cette carence affective et vous en aurez fini avec les glaçons fondus. Vous allez devoir casser les habitudes de sommeil de votre bébé pour reconstruire une routine. Ainsi, il n’aura plus besoin de sa maman et tout ça, progressivement ! Si, malgré tout, ça ne marche pas, c’est que la méthode est mal appliquée, je propose une prestation : accompagnement sur une, deux ou trois nuits avec une nurse en plus d’un coaching sommeil à domicile à partir de 190 euros !

– A oui, vous êtes gentille de proposer un accompagnement aussi…poussé.

Vous devez rester cohérents en tant que parents : vous ne devez pas céder un soir en prenant votre enfant dans les bras, même pas le lendemain. De même, vous ne devez pas rester longtemps dans la pièce (jusqu’à ce que l’enfant s’apaise complètement ou finisse par s’endormir).

– Vous m’avez convaincue! Je vais essayer dès ce soir ! Mais, madame Champinot, sur Magicmaman, j’ai lu un article, en complément du votre, sur une étude réalisée en Amérique concernant 600 adultes, que les enfants qui avaient été câlinés et pris en charge par leurs parents à chaque pleur étaient beaucoup moins anxieux et présentaient une meilleure santé mentale. J’ai relevé notamment que  « ce que les parents font dans les premiers mois et les premières années affecte véritablement la façon dont le cerveau des nourrissons va évoluer par la suite », que « les bébés ont besoin de beaucoup de câlins, de contacts physiques et d’être bercés », que « les quatre à six premiers mois de la vie des enfants représentent l’un des moments les plus importants de leur existence, car c’est à ce moment-là qu’ils créent les liens affectifs avec leurs parents ».

– Mais c’est exact ! C’est pour cela que je ne préconise pas du tout cette méthode avant l’âge de un an, du moins, pas appliquée telle quelle. Pour les plus jeunes enfants, vous pouvez par exemple essayer d’attendre 1-3-5 ou 3-5-8 minutes. Il faut quand même s’adapter à l’âge de votre enfant. Et avec ça, c’est garanti, vous CASSEZ les habitudes et BRISEZ les liens affectifs. Et puis, petit à petit, essayez de l’appliquer aux siestes, ça complétera son déséquilibre dans sa totalité.

– Merci beaucoup! (au secours!)

Rappelez-vous que vous devez être dans l’accompagnement mais pas dans l’assistance.

Elle est partie avec son sac de seringues et m’a laissée abasourdie… Répandant ses graines de fracture affective, auprès de parents naïfs et de bébés innocents…

Lou Swife

[1] Les passages surlignés en gras sont extraits des articles consultés sur magicamaman.com.

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