J’ai lu des livres pour enfants sur l’école… (épisode 4)

Voilà plusieurs jours qu’il pleut, l’occasion de se blottir sous la couette avec une chouette sélection de livres…

propagande école littérature jeunesse

Bienvenue à l’école, Maëlys !

Au programme de ce quatrième épisode, que du bon : des enfants qui courbent l’échine, des instits qui s’énervent, des propos lénifiants !

 

vivre ensemble à l'écoleJAFFÉ Laura et SAINT-MARC Laure, Vivre ensemble à l’école, 1998.

Dès la couverture, le ton est donné : « Qui commande à l’école ? », « Que se passe-t-il quand on triche ? », « Pourquoi doit-on respecter les personnes et les biens ? ». Autant dire qu’on n’est pas là pour rigoler ! Ça va même chier des bulles ! Les auteures ont sûrement hésité à baptiser leur livre : Obéir sans moufeter à l’école. On retrouve cette bonne ambiance de caserne tout au long de l’ouvrage.

La première partie entend poser les bases. Elle s’ouvre avec un récit qui flirte avec l’indigence, sur les lamentations d’un dénommé Jérémie, jeune écolier pas content du méchant monsieur chargé de remplacer sa gentille institutrice, madame Salsifis… Cette trépidante scénette est suivie de pages documentaires dans lesquelles on apprend que « la maîtresse commande dans la classe », mais qu’elle « doit toujours le faire en tenant compte du règlement ». Ah, tiens ? Aucunes précisions sur qui l’élabore ni sur ce qu’il contient. Tout au plus, on nous explique qu’« à l’école, c’est comme dans la vie, il y a des règles pour bien vivre tous ensemble ». Des règles écrites par les adultes, pour asseoir leur domination, au détriment des enfants relégués au simple rang d’exécutants et dépourvus de droits. Pour bien faire passer la pilule à ces derniers, on leur fait croire que le règlement d’une école équivaut aux lois d’un pays…

Ce premier chapitre se conclut par un jeu-test censé faire réfléchir le lecteur en herbe. Grosse poilade en perspective ! Alors que le cours bat son plein, la maîtresse explique à ses élèves qu’elle doit s’absenter quelques minutes et leur dit de finir sagement leurs exercices de maths. Le jeu consiste à choisir parmi six situations. Que vas-tu faire gamin ? Finir ton travail ? Tricher ? Foutre le zbeul ? Fouiller dans le sac de la prof ? Bien entendu, il fallait opter pour la première solution, la seule ne débouchant pas sur une punition : « si tu finis tes opérations avant le retour de la maîtresse, tu auras peut-être le temps de t’amuser un peu », « peut-être », hein, t’emballe pas non plus, et « un peu », prends pas la confiance quand même…

La suite de ce bouquin est du même acabit : récits claqués au sol et bourrage de crâne disciplinaire. Seuls les dessins colorés de Régis Faller (le créateur de Polo) viennent égayer ce guide pénitentiaire. La deuxième partie, par exemple, consacrée à la triche, ne fait pas dans la dentelle, avec un champ lexical délicieux : « tricher », « désobéir », « devoir », « obliger », « soumettre ». Les auteures entendent rappeler aux écoliers récalcitrants des principes simples :

Quelles que soient les raisons de ne pas faire ton travail, tu cours le risque d’avoir une punition.

Si tu décides de tricher parce que tu as peur d’être puni ou que tu as honte de ne pas savoir quoi répondre, tu prends le risque d’avoir une punition encore plus sévère.

Pour enfoncer le clou, un improbable parallèle est fait avec les gens qui finissent en prison pour ne pas avoir respecté la loi… Du bonnet d’âne aux menottes, il n’y a qu’un pas ! Et si jamais le canaillou n’était nullement impressionné par tout ça, Laure et Laura abattent leur dernière carte, celle du désamour familial :

Tu peux raconter ce que tu veux à tes parents, mais s’ils rencontrent la maîtresse, elle saura leur donner sa version des faits. Et la prochaine fois que tu te plaindras, ils hésiteront à te croire. Ne risques-tu pas de perdre ainsi la confiance de tes parents ? (et de finir abandonné en forêt de Grésigne, obligé de te nourrir de glands pour survivre ?)

Ce livre culte s’achève, sans rire, sur la nécessité de respecter les biens et les personnes. Je vais vous épargner la vacuité de ces vingt dernières pages, me contentant juste de vous offrir une ultime citation à punaiser au-dessus du lit de vos enfants :

Tu respectes la maîtresse parce que tu l’admires, et tes amis parce que tu t’entends bien avec eux. Ça, c’est facile.

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LEDU Stéphanie, L’école maternelle, 2008.

Nouvel ouvrage documentaire, rédigé par une spécialiste du genre. Stéphanie Ledu, c’est une bonne centaine de bouquins au compteur pour Milan jeunesse, dont certains trônent dans ma bibliothèque personnelle ! Ici, Stéph’ a pour ambition de dresser le portrait type d’une journée en école maternelle. Allons, bon.

Les premières pages sont plutôt agréables à feuilleter : des hommes, des femmes, des blancs, des noirs, des métis, poussettes et porte-bébés cohabitent en parfaite harmonie, c’est coloré, tout le monde sourit. Bref, ça donne envie ! Je suis tellement enjoué que j’arrive à faire abstraction de la cour de récré en béton, de l’absence inhabituelle de voitures aux abords de l’école et du fait qu’un type porte une écharpe un 1er septembre.

Ça se gâte page 9. On y voit un petitou en larmes. Rassurez-vous, l’institutrice sait trouver les mots justes : « Ne pleure pas ! Maman va revenir très vite ! Allez, on va visiter la classe. » Oui, c’est vrai, ta maman va revenir Maëlys. En revanche, ce que la maîtresse ne t’a pas précisé, c’est que ce ne sera pas avant 18H30, soit plus de 10 heures après t’avoir déposée seul au milieu du troupeau. Allez, bonne journée !

Que fait-on à l’école maternelle ? Plein de choses ! On joue avec des peluches, des petites voitures, on lit, on s’occupe du lapin de la classe, on apprend à différencier un rond d’un carré, on dessine. Mais comme le rappelle l’auteure, « attention à bien tenir son crayon pour tracer l’escargot… Ensuite, on le colorie sans dépasser ». C’est vrai, il est essentiel, à 4 ans, de bien manier son outil scripteur, pour une meilleure pratique plastique dans une relation à la création artistique, au risque de finir sur la chaise qui fait réfléchir.

Entre deux séances d’apprentissage intensif, les loupiots sont autorisés à se dégourdir les jambes dans la cour de récré, sauf s’il pleut, là « on s’amuse sous le préau ». Il est vrai que béton + eau = CHU. N’empêche, ça doit être le big délire les jours de mauvais temps, entassés dans quelques mètres carrés sous la surveillance constante d’adultes blasés de la vie. Dans ce contexte, pas étonnant que certains se tapent dessus. Heureusement, pour parer à tout débordement, « la maîtresse fait les gros yeux » et secoue son index.

Ensuite, c’est l’heure de la cantine. « Ici, on goûte plein de plats différents. Hmmm, c’est bon! » Aujourd’hui encore, c’est l’entreprise Sodexo qui détient le monopole sur les cantines scolaires françaises. Je vous livre ici une ritournelle sur ce mastodonte de la restauration collective qu’on chantait au collège :

Sodexo, c’est dégueulasse. Quand t’en manges trop, t’as la chiasse.

Pour digérer un tel repas, les loupiots filent à la sieste, puis, une fois requinqués, enchaînent avec une après-midi dédiée à la musique, au jardinage et au sport (le tout s’achevant dans une folle farandole où chacun hurle à plein poumon sa joie de vivre). A ce-moment précis de ma lecture, je soupçonne cette brave Stéphanie de se payer ouvertement notre tête ou alors de parler d’un autre système éducatif européen. Se serait-elle égarée en Suède ou en Allemagne ?

Cet ouvrage de propagande se termine avec la sortie des classes. Il est 16H30, et, à cette heure-là, seuls les enfants de chômeurs sont accueillis par leurs parents. Les autres iront nouer des liens intergénérationnels avec papimamie ou de substitution avec la nounou. « Maman est là, avec un bon goûter », sauf la tienne Maëlys, rappelle-toi, elle n’arrivera pas avant deux bonnes heures. Ton goûter, tu le mangeras seul, sous l’œil inquisiteur de la dame aux lunettes, celle qui te fait peur depuis le début de l’année. Fais pas cette tête, il y a une jouissive activité gommettes qui t’attend après !

Finalement, l’école maternelle, c’est un peu comme au pays de Candy, on s’amuse, on pleure, on rit, il y a des méchants et des gentils !

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HÉDELIN Pascale, L’école élémentaire, 2013.

On enchaîne avec une autre spécialiste du documentaire jeunesse de l’écurie Milan. C’est la régionale de l’étape, puisque Pascale Hédelin est toulousaine.

Au menu, une trentaine de pages pour répondre à des questions supposées être celles de la plupart des écoliers : « Comment se passe la rentrée des classes ? », « Que fait-on quand on est à l’école ? », « Est-ce que je peux me perdre, dans ma nouvelle école ? », etc. Sans surprise, l’auteure édulcore, minimise, élude et se trompe.

Passons la sempiternelle litanie sur la légitimation de l’école, pour mieux nous concentrer sur les propos tenus aux pages 16 et 17. A la question « Pourquoi mon maître me gronde souvent ? », Pascale est formelle :

Ce n’est pas qu’il ne t’aime pas : ton maître veut que tu te tiennes bien et que tu travailles le mieux possible. Si tu fais trop souvent tout le contraire, ça ne va pas ! 

Parfois, ton maître se trompe : il gronde par erreur celui qui n’a rien fait. Il n’est pas parfait ! 

Te voilà rassuré petit ? Non ? Tu te demandes pourquoi il y a « des maîtres gentils ou sévères » ? Écoutons à nouveau Pascalou : 

Comme tous les humains, chacun est différent et à son caractère : nerveux, doux, étourdi, sérieux… Et puis, certains sont heureux, d’autres moins : cela les rend plus ou moins agréables ! 

Bon, en gros, c’est pas de leur faute. Qui n’a jamais bolossé un enfant de 7 ans ayant oublié de « suivre les règles » élémentaires comme « lever le doigt pour demander la parole, ne pas se moquer des autres, ni se bagarrer, ni abîmer le matériel », me jette la première pierre ! Et puis, si le maître, cette figure suprême de l’autorité, ne peut plus élever la voix, où va-t-on ? Vers la chienlit messieurs-dames ! D’autant que les enfants ne vont pas mourir pour si peu… Merci à toi, chère Pascale, d’œuvrer au triomphe de la bonne morale !

Après avoir justifié l’injustifiable, l’auteure se sent pousser des élèves et embraie sur les notes. Là encore, un discours classique sur l’usage de ce procédé rétrograde, jugé utile pour vérifier que les devoirs sont bien faits et les leçons bien comprises. Même si l’illustration accompagnant le texte nous montre des gamins qui font la gueule d’avoir eu 3/10 et d’autres angoissés à l’idée de subir le même sort, rien sur les effets délétères de la notation, comme l’effet Pygmalion ou l’effet de halo. Bien au contraire :

Léo a une bonne note, mais il ne l’a pas méritée : ce paresseux a copié sur sa voisine. Tricher ne l’aidera pas à comprendre ses leçons…

Rappelons que tricher, dans l’univers scolaire, constitue la pire des infamies. On commence par une œillade sur la copie du voisin, puis on finit par détourner des fonds. Du grand classique. Qui veut un 9, finit chez les keufs.

Après un topo sur la sortie de classe, la cantine et un bref rappel historique sur l’école au bon vieux temps de mamie, Pascale embraie sur la socialisation. « Est-ce qu’on se fait beaucoup de copains à l’école ? » se demande-t-on aux pages 20-21. Oui, « mais aussi quelques ennemis », ce serait trop facile sinon… D’ailleurs, mon petit, sache que « les grands embêtent souvent les plus petits ». « Heureusement, certains grands aident les petits. » Ouf ! Il aurait été intéressant, que l’auteure intègre le petit encart ci-dessous sur le harcèlement scolaire, extrait d’une plaquette informative de l’Education nationale en personne, dans un souci de vérité, ce qui est la moindre des choses pour un ouvrage qui se veut documentaire :

En France, l’enquête réalisée en 2010 par Éric Debarbieux pour l’Observatoire de la violence à l’école avec l’UNICEF, auprès d’élèves du primaire montre qu’en cycle 3 [CM1-CM2-6ème], 11 à 12 % des élèves ont subi l’une ou l’autre forme de harcèlement (14% pour le harcèlement moral, dont 8 % sévères et 10 % pour le harcèlement physique, dont 5 % sévères). 11,7 % cumulent les deux formes de harcèlement. 

C’est sûr que de tels chiffres font froid dans le dos et ne sont pas très vendeurs ! Mieux vaut un savant mélange de bons sentiments et de méthode Coué pour rassurer parents et enfants.

Achevons la critique de ce livre sur une note positive, disons moins négative. N’étant pas une personne sectaire, Pascale a tenu à parler de ce qu’elle appelle les « écoles particulières » : enseignants qui se déplacent chez les gens du voyage, écoles pour aveugles et écoles Montessori. En revanche, rien sur l’instruction en famille. Pas étonnant, quand on apprend page 32 que « dans les pays riches, les enfants vont tous à l’école ». Une assertion qu’on retrouve sous d’autres formes dans les bouquins cités plus haut. N’oublions jamais que l’école est élémentaire mon cher Watson !

 

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A demain, Maëlys, pour une nouvelle journée riche en émotions !

Que conclure d’une telle bouillie infâme ? Pas grand-chose, si ce n’est que derrière leur aspect gentillet, ces ouvrages sont d’une extrême violence pour les jeunes lecteurs auxquels ils s’adressent. Leurs auteures justifient les pires aspects de l’école (séparation d’avec les parents dès le plus jeune âge, soumission à des adultes non-choisis et tout-puissants, rythme effréné, notes, discipline arbitraire…) en sa cachant derrière des prétextes d’émancipation, de préparation à la citoyenneté…

 

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