Le slow parenting

Une injonction de plus pour être un parent « positif » ?

Le slow parenting, ou l’art de ralentir en famille, semble être une tendance qui s’impose, sur fond de monde en cours d’effondrement, un peu comme la jupe midi plissée ou le mini sac à main matelassé. On se retrouve donc à lire des articles sur le sujet dans des magazines parentalité à large audience (Milk magazine, Parents, magic maman…). On notera l’ironie de se trouver face à l’injonction de « ralentir », coincée entre la rubrique des « must-have » de la puériculture à 50€ en moyenne l’achat et un autre article sur la nouvelle activité qui fait fureur pour les kids : le Poney’ssori ! On savourera également le fait que le concept de parentalité slow© ait été breveté par la coach parentale Mélanie Schmidt-Ulmann…

Donc oui, il y a du business à se faire sur ce concept et il est loin d’être toujours interprété dans un sens décroissant, mais doit-on pour autant le jeter à la poubelle ? Enquête !

Le constat de base

Force est de constater que le monde actuel s’est accéléré par rapport à celui de nos ancêtres. La sphère familiale n’échappe pas au phénomène. D’un côté, des parents décidés à tout mettre en œuvre pour la réussite de leur progéniture, de l’autre des enfants ultra connectés et bookés, le tout saupoudré d’un discours sociétal très … start-up nation. Il n’en fallait pas plus pour se retrouver avec des enfants de 4 ans qui cumulent déjà éveil musical au Conservatoire et baby-gym le mercredi, en plus des 24h hebdomadaires à l’école, des heures de garderie et de tablette éducative ; ou encore des ados stressés, voire en burn-out, dont la charge mentale ferait pâlir la plus busy des working mums et enfin des parents démunis qui pensent avoir « raté » quelque chose….

Mais pourquoi cette sorte d’hystérie collective qui consiste à boucher le moindre trou dans l’emploi du temps : école, activités extra-scolaires, clubs sportifs et cultturels, ateliers, mini-stages, centre aéré, colo… Pour 10 à 20€ la séance en moyenne, chaque brochure vend/vante les bénéfices de son activité : « renforcement musculaire », « motricité fine », « accompagner l’enfant sur le chemin de la réussite » … Pas de temps mort, d’activités pour rien : on cherche une visée pédagogique, une « optique scolaire » derrière la moindre action de l’enfant, comme dit Laurent Ott,. Et les familles non-scolarisantes n’échappent pas à la règle, tombant parfois dans l’écueil du « tout pédagogique » au détriment de la relation avec l’enfant. Il faut apporter du ++. Il ne s’agit pas de perdre son temps à traînailler, à se vautrer, ou pire : à rêvasser !

Les questions soulevées par le slow parenting

Notre job de parents est-il de donner le maximum d’atouts, d’outils, « d’armes » à nos enfants pour qu’ils réussissent dans tous les domaines, pour qu’ils s’habituent aux contraintes d’une vie typique d’adulte sous le joug capitaliste ? De les pousser à accumuler un éventail de compétences de manière précoce pour remplir un CV idéal, cocher toutes les cases et ainsi préparer une « route toute tracée » vers la réussite ?

« Mon critère de la réussite, c’est la capacité qui permet de travailler joyeusement et de vivre positivement. » —  Alexander Sutherland Neill Libres Enfants de Summerhill, 1960

Au fond, que cherche-t-on en cumulant les activités fragmentées ? Quelle place réelle laisse-t-on pour l’ennui, source d’introspection profonde et de développement de l’imaginaire ? Pourquoi avoir peur du vide, du « rien » ? Rêver, réfléchir, s’ennuyer sont autant de temps calmes, centrés, en apparence non-productifs mais si essentiels.

Le slow parenting nous invite à méditer sur le droit à l’insouciance, à l’ennui. C’est une sorte de manifeste pour que la vie des enfants (et celle des parents) ne soit pas réduite à une série de « rush » : le matin pour arriver à l’heure à l’école, l’après-midi pour les récupérer de l’école, le soir pour ne pas les coucher trop tard… C’est une invitation à se (re)connecter à l’enfant en toute simplicité. Alors certes, cela va demander du temps et de l’énergie mais en simplifiant le quotidien, sans chercher à stimuler constamment l’enfant, on gagne en lien de qualité, on apprend de son enfant qui devient guide. Et ces petites bulles coupent efficacement de la pression du quotidien. Si l’on en croit certains professionnels, c’est bien la santé émotionnelle et mentale de nos enfants qui est en jeu, à voir la véritable épidémie d’anxiété chez les adolescents dans les sociétés occidentales.

Quelques exemples de pratiques « slow »

  • laisser des blancs dans le calendrier : des journées sans rien de programmé, sans aucune contrainte ni aucun impératif.
  • déconnecter des écrans, Internet, réseaux sociaux : prendre l’habitude de passer des journées sans connexion à Internet et sans écran. Ni vous, ni les enfants.
  • le jeu libre, des heures et des heures de jeu libre ! C’est du sérieux pour les enfants.
  • se (re)connecter avec la nature ou les 1000 bienfaits d’une journée de jeux libres en forêt !

Voilà quelques exemples et nous en évoquerons d’autres lors de la rencontre parentalité sur ce thème, organisée par l’association Libres enfants du Tarn samedi 25 septembre de 14h à 17h à Gaillac (adresse sur inscription au 06 52 54 75 02 ou sur libresenfantsdutarn@yahoo.fr / adhésion à l’association Libres enfants du Tarn nécessaire pour 10€ par an par famille).

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