Parent en confinement

Salut les gens, ça se passe bien votre assignation à résidence ?

Voilà maintenant 38 jours que chacun tente de tuer le temps comme il peut, le temps ou autre chose, ça dépend si on porte l’uniforme ou non, si on considère sa femme ou ses enfants comme des sparring-partners. Certains jeunes, probablement galvanisés par l’obtention surprise du BAC, sortent les feux d’artifice pour fêter ça tandis que d’autres misent tout sur l’humour. Bref, le commun des mortels essaie de survivre du mieux qu’il peut à tout ce merdier.

Du coté des familles, le choc a été rude, notamment pour celles qui avaient une vie réglée du genre métro-boulot-école-dodo. Quand Manu a annoncé la fermeture des casernes à partir du 16 mars, la stupeur a été totale. Beaucoup se sont raccrochés à l’idée que ça n’allait pas durer plus de deux semaines, invoquant toutes les divinités existantes sur Terre pour tenir le coup : Jésus, Allah, Sri Tathâta, Didier Raoult…

Loin d’exaucer leur vœu, le gouvernement a demandé aux parents d’assurer l’instruction de leurs enfants ! Le ministre de l’Education au crâne proéminent a appelé ça « la continuité pédagogique ». Au départ, chacun y a mis du sien. Certains, même, ont fait du zèle, obligeant leurs enfants à s’habiller chaque matin, à suivre un emploi du temps strict, à faire des évaluations. En gros, c’était comme à l’école, mais en pire. Au bout de quelques jours, pères et mères ont lâché du lest et sont, à l’heure où j’écris ces lignes, pour la plupart, vautrés dans leur canapé, pas douchés depuis une semaine, en train de regarder des replays de Touche pas à mon poste pendant que les gosses s’amusent comme des petits fous.

Perso, je ne suis pas mieux. Alors que les miens passent leur journée à jouer ensemble, j’erre entre la chaise de ma cuisine, celle de mon bureau et mon lit. Je porte les mêmes vêtements depuis trop longtemps. J’ai presque autant de cheveux que de barbe. Mon hygiène n’a rien à envier à celle d’un chercheur d’or du Klondike (ouais, je lis Croc Blanc en ce moment), se limitant à un lavage frénétique de mes mains, toutes les dix minutes. Chaque jour m’apparaît comme un dimanche. Je regarde quotidiennement la courbe des morts, pays par pays, sans savoir vraiment pourquoi. J’enrichis mes connaissances, passant de McFly et Carlito à Trotsky, des rediffusions de matchs du PSG à Charli XCX.

Pourtant, je n’ai pas l’impression que les choses aient vraiment changé, à mon échelle, j’entends. Avant, dans l’ère pré-pangolienne, je sortais de chez moi le lundi, pour prendre l’air à Leclerc, le mercredi, pour accompagner ma fille à la MJC, arbitrer une partie de scrabble pour des retraités, retourner chercher ma fille à la MJC, le vendredi, pour aller au marché et à la médiathèque. Parfois, il m’arrivait de faire des sorties exceptionnelles, à Albi ou Graulhet. Le reste du temps, je vaquais à mes occupations domestiques et parentales, partageant mon temps entre la cuisine, les jeux avec mes enfants non-scolarisés et mes propres loisirs. Une vie somme toute banale, semblable à celle de milliers de parents au foyer, chômeurs ou dépressifs (rayez la mention inutile).

Autant dire que je n’étais pas assoiffé d’activités et d’interactions avec mes semblables. Je ne fréquentais pas les cinémas, les restos, les bars, les expos… En fait, je n’ai pas attendu les recommandations des autorités pour respecter les gestes barrière et pratiquer la distanciation sociale. J’ai toujours fait preuve d’un grand sens de l’évitement, m’efforçant d’arpenter le moins possible les rues de ma ville et d’éviter d’engager des discutions inutiles avec la première tête connue.

Je vois de plus en plus ce confinement comme une aubaine. Cela me donne un alibi pour cesser tout effort vers l’extérieur, pour réduire le peu que je faisais. Ma sortie mensuelle au supermarché le plus proche constitue mon seul contact avec le vaste monde. Parfois, je m’autorise une promenade, au conteneur à verre ou à la benne à ordures, toujours muni de mon masque fait maison et de mon attestation imprimée, bien sûr (on n’aime pas les sans-papiers en France). Mes enfants et ma compagne sont mes seuls interlocuteurs. Passée la peur de me retrouver en réanimation, de mourir étouffé, que personne ne vienne à mon enterrement, j’ose affirmer que je mène une existence paisible dans un monde qui se meurt.

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