Insoumission à l’école obligatoire

Aujourd’hui, je veux vous parler d’un bouquin que je viens de finir et qui ne ressemble à aucun autre: « Insoumission à l’école obligatoire » de Catherine Baker. Paru en 1985 et récemment réédité par les excellentes éditions Tahin Party, ce livre est une lettre ouverte adressée à la fille de l’auteure, alors âgée de 14 ans et jamais scolarisée. Baker lui explique les raisons de sa décision à contre-courant.

catherine baker insoumission à l'école obligatoire

Bien loin des éternels débats sur de possibles réformes de l’Education Nationale, pour savoir si enlever 2h dans l’emploi du temps des écoliers respecterait le rythme de l’enfant ou pour monter des projets recoupant plusieurs matières dans une tentative artificielle d’arriver à plus de transversalité, ce livre est un plaidoyer incisif pour la déscolarisation pure et simple des enfants et de la société dans son ensemble. L’auteure s’y montre particulièrement drôle et mordante envers l’école, tout en étant renversante de tendresse envers sa fille.

Il s’agit avant tout d’un livre profondément anti-école. Et j’irais même plus loin, ce n’est pas seulement l’école (celle d’il y a 30 ans ou celle d’aujourd’hui, quelle différence?) qui est remise en question, mais bien le principe-même de la scolarisation en tant qu’emprise étatique liberticide sur l’enfant.

Les obligations de toutes sortes qui pèsent sur le quotidien de l’élève sont tellement assimilées, banalisées qu’on en oublie qu’à l’école:

« avant même de former l’esprit, on forme le corps qui doit se lever, s’asseoir, manger, chier, pisser, dormir aux heures convenues. »

La comparaison prison/école y est souvent établie, et le rejet inconditionnel de l’auteure pour ces deux systèmes punitifs pourra paraître extrême à certains mais il n’empêche que sa réflexion est inspirante… Pour exemple, l’énumération de la panoplie de sanctions encourues dans tout établissement scolaire est parlante:

« les colles, les avertissements, les blâmes, les devoirs supplémentaires, les conseils de discipline, les exclusions momentanées, les définitives […] les insultes, les menaces constantes, le silence imposé, la confiscation d’effets personnels, les fouilles, les chantages à tous les niveaux. »

Oui, le but premier de l’école est indéniablement l’obéissance aux règles. A la limite, rien ne sert de chipoter sur le contenu des enseignements ou sur la formation des profs. Au final, comme le dit John Holt, « l’école est beaucoup plus mauvaise que la somme de ses parties ». En langage bakerien, ça donne:

« qu’il y ait des gens bien intentionnés dans l’Education Nationale n’empêche pas le carnage. A l’école, une foule de gens apprend à se taire, à penser au son de cloche, à se croire bête. Et jamais ils ne s’en relèveront. »

En tant que mère, Baker « ne rejette pas seulement l’école mais aussi l’éducation (et a fortiori toute pédagogie) ». Et ça, c’est fort aussi, car bien souvent, les parents sont prompts à chier sur l’EN mais ne remettent pas pour autant en question le rapport dominant/dominé entre adulte et enfant. Ils veulent quand même transformer le moindre intérêt de l’enfant en « un horrible objet d’apprentissage scolaire » et « faire acquérir son autonomie à l’enfant » tout en le socialisant au maximum.

socialisation ief

Toute pédagogie, aussi alternative soit-elle, reposera toujours sur « l’idée que l’adulte est dans le vrai et qu’il faut amener par tous les moyens l’enfant à cette vérité. » Baker détruit d’ailleurs littéralement une instit’ Freinet qui a eu le malheur de publier un bouquin (« Ecoute maîtresse », Suzanne Ropert) :

« vous qui « faites » du Freinet, cessez de vous donner tant de peine pour recréer des « conditions normales d’existence » en faveur des mômes; Freinet a été un homme audacieux, sincère et clairvoyant, mais il n’a pas vu à quel point sa démarche de vouloir « remettre l’enfant dans la vie » était artificielle. N’est-il pas quand même plus simple de laisser l’enfant dans la vie? »

Et Baker de s’interroger: « Coûte que coûte, les adultes veulent faire l’école aux gamins. Pourquoi? Pourquoi cette angoisse réelle des parents par rapport aux apprentissages scolaires? » Alors, c’est sûr, la décision de déscolariser ou de ne jamais scolariser son ou ses enfant(s) n’est pas une mince affaire, mais au fond ne serait-ce pas là la solution la plus logique et respectueuse? Car, honnêtement, ne nous voilons pas la face : « les enfants vont à l’école parce qu’on les y oblige. » Point barre. Il faudrait soi-disant les habituer en vue d’un travail pénible et d’une vie de soumission? Mais laissons-les tranquilles goûter les joies de l’enfance sans avoir pour eux de buts, sans vouloir à tout prix les façonner!

Non?

Bref, je vous laisse découvrir ce livre duquel je pourrais tirer de nombreuses citations toutes aussi cinglantes et justes les unes que les autres. Le ton y est délicieusement drôle et impertinent, et le propos dépasse bien souvent le cadre de l’école car au final, c’est toute une vision de la société et de l’enfant qui y est développée. J’ai bien aimé toute la réflexion sur les rapports enfants/adultes notamment: pourquoi considérer l’enfant comme un adulte en devenir? pourquoi ne pas le prendre comme un être total à part entière? et partant, qu’avons-nous, adultes, de supérieur? qui guide qui dans cette histoire?

« Nous devrions devant chaque enfant que nous rencontrons rougir de honte pour toutes les humiliations que nous leur faisons subir. »

« Insoumission à l’école obligatoire » est dans la bibliothèque de l’association Libres enfants du Tarn, disponible au prêt pour nos adhérents.

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